vendredi 4 janvier 2008

Images du bonheur familial...


Et l'occasion de commenter le métro new yorkais: il n'est vraiment pas très commode! Je maudissais le métro parisien, mais sachez qu'il est vraiment très pratique! Son avantage est qu'il fonctionne 24 h/24. Mais le réseau est essentiellement constitué de lignes qui descendent du nord au sud. Quelques lignes transversales et un shuttle permettent de passer d'est en ouest à quelques points de la ville mais cela prend du temps. Il faut aussi prendre garde à la distinction train local/ train express (tous les trains ne s'arrêtent pas à chaque arrêt), et réfléchir à deux fois avant de s'engouffrer dans une bouche de métro (certaines mènent à un quai desservant uptown, d'autres downtown). De plus les stations sont rares!
C'est surtout pour cela que les New Yorkais marchent beaucoup. L'architecture et les passants fascinants ne suffisent pas à motiver des randonnées urbaines par -9°C!... Et Dieu sait que j'en ai fait, que nous en avons fait, que vous en ferez (j'espère!). Je crois qu'il existe une catégorie de New Yorkais qui ne prend jamais le métro et utilise exclusivement des taxis. J'imagine que la perception de la ville en devient bien différente...mais je ne peux qu'imaginer! Grâce à ce réseau de transports imparfait , New York me semble toujours comme une longue lande sans cesse changée mais apprivoisée par ce corps à corps entre le bitume et mes boots!

mardi 1 janvier 2008

Ellis Island



Quatre mois à New York et première visite à Ellis Island, une fois de plus grâce à la curiosité toujours en éveil de ma famille. Il y a deux jours, la queue serpentant à travers Battery Park depuis le guichet nous avait découragé. Aujourd'hui, premier janvier, la gueule de bois et la pluie battante semblent avoir eu raison de nos concurrents. Nous avons donc attendu une une petite heure dans Castle Clinton pour obtenir les billets nous donnant accès au ferry menant à la Statue de la Liberté et au musée d'Ellis Island. Nous ne sommes même pas descendus du bateau pour faire le tour de la statue de la Liberté. Maintenant que les mesures de sécurité post onze septembre interdisent de monter plus haut que son socle, elle a perdu toute séduction.
L'attrait d'Ellis Island, groupe de bâtiments rouges et gris posés platement sur l'île voisine, est aussi intérieur que la statue est exhubérante. Entre 1890 et 1920, toutes les personnes désirant émigrer aux Etats-Unis devaient passer quelques heures voire plusieurs semaines à Ellis Island pour passer un contrôle administratif et financier. Le musée retrace ces étapes ainsi qu'une histoire de cette tranche très segmentée l'immigration américaine. Intitulé "Immigration Museum", le musée ne traite que des moments passés et cicatrisés de l'histoire de l'immigration américaine. Il contourne les difficiles questions de l'arrivée des esclaves africains et de la récente immigration mexicaine.
Reste que le lieu possède une aura qui amène le touriste, émigrant temporaire qui retourne à Ellis Island depuis le sol new-yorkais, à réfléchir tout seul à ce qu'implique quitter son pays et sa culture pour l'idéal ambigu et les richesses nébuleuses des Etats-Unis. Je me suis à mon tour demandé dans quelle mesure suis-je venue étudier ici sous l'effet d'une croyance antique, le mythe américain?

Tribute WTC Visitor Center



J'étais plusieurs fois passée près de Ground Zero, cette grande fosse en construction, avec plus ou moins d'émotion. Mais ma mère, mon père et ma soeur abordent les sites avec beaucoup plus de méthode. J'ai découvert le Tribute World Trade Center Visitor Center, petite galerie conçue pour la mémoire des victimes des attentats du onze septembre, située sur Liberty Street. On n'y trouve aucune référence à l'histoire précise des évènements, ni la moindre mention d'Al-Qaida et du contexte géopolitique. La visite commence par un montage de vidéos ambiance années quatre-vingt illustrant les témoignages nostalgiques de gens affirmant que le World Trade Center était une espèce de communauté de travail idyllique où on allait travailler le coeur léger. S'accumulent ensuite des témoignages écrits et sonores des victimes parvenus depuis les tours juste avant qu'elles s'effondrent ou donnés par leurs proches après l'attentat. Un mur entier est couvert des annonces de "missing person" conçues par les familles des victimes, qui emplissaient New York il y a encore quelques mois paraît-il. Le tout est scénographié de façon à arracher des pleurs aux Américains comme aux étrangers - et l'horreur et la tristesse de l'évènement sont très réelles. L'émotion est privilégiée au dépend de l'information. Au sous-sol, les visiteurs sont invités à laisser une note expliquant comment leur engagement civil et leur conception du monde ont changé depuis les attentats du onze septembre. Le musée omet toute référence autre que morale ou abstraite à l'après onze septembre. A travers la voix des témoins et des visiteurs, il affirme le refus de laisser cet évènement noircir l'avenir et le bonheur simple d'être Américain.

dimanche 16 décembre 2007

Thomas Demand, Cy Twombly, Mark Dion et...Paul-Armand Gette!




Samedi, petite virée dans Chelsea, quartier des galeries d'art contemporain, comme de temps à autre. Les espaces sont beaucoup plus spacieux que les cages à lapin du Marais, et les expos sont donc plus ambitieuses. Les sols de béton ciré s'étendent à perte de vue - Maman tu serais-seras verte de jalousie.
A la galerie 303, Thomas Demand expose 9 photos qui forment la série Yellowcake, du nom d'une forme d'uranium qui enrichi peut servir à la fabrication d'armes nucléaires. Les services secrets italiens auraient volé à l'ambassade du Niger à Rome un dossier documentant la vente du Niger à L'Irak de tonnes de Yellowcake, puis l'auraient vendu aux services secrets britanniques et américains. Le dossier se révélera être un faux. Thomas Demand a reconstitué la scène du vol à l'ambassade du Niger et l'a photographié avec une précision extrême. Au lieu du désordre irréfléchi occasionné par un vol, les objets s'organisent en une composition inflexible.
Je n'ai eu que 10 secondes pour admirer les peintures récentes de Cy Twombly rassemblées dans l'exposition "A Scattering Of Blossoms and Other Things" à la galerie Gagosian mais j'ai été fortement impressionnée. J'ai reconnu les grands bourgeons peints dans des couleurs vives et d'un trait large et expressif, présentés cet été à la collection Lambert en Avignon. Dans cette espace magnifique, les fleurs se reflètent sur le sol. Leur image est ainsi redoublée et troublée, et cet effet de miroir renforce leur impact sur le spectateur. De la fonction du béton ciré!
Enfin, j'ai été frappée par l'installation multimédia de Mark Dion présentée à la galerie Tanya Bonakdar. En collaboration avec le musée d'histoire naturelle de Londres , l'artiste a collecté et classifié tous les organismes vivants proliférants autour des tombes de Karl Marx, de la sufragette Emmeline Pankhurst et de Thomas Henry Huxley. Il utilise le nom latin des plantes issus de la classification établie par Carl von Linné au 18e siècle. Ainsi, l'artiste interroge par quels moyens connaissons-nous le monde ; il démontre le rôle clé du 18e et du 19e siècle dans la constitution du savoir scientifique ; il souligne comment la nature devient culture, et rappelle que ces systèmes de classification sont à la racine du concept de musée...Autant de pistes que Paul-Armand Gette explore depuis les années soixante! L'installation de Mark Dion, The Natural History of the Museum, a été produite pour célébrer les 300 ans de la naissance de Linné par le musée londonien. Je trouve ça évidemment étonnant qu'il n'ait pas demandé à Paul-Armand Gette, qui est aussi fin connaisseur que traducteur de Linné d'intervenir...Mais je comprends une fois de plus la puissance du marché et des conflits d'influence sur la production artistique.

La neige




La neige est devenue en l'espace de quinze jours un élément du décor new-yorkais. Le campus du Sarah Lawrence est recouvert d'une épaisse couche blanche. C'est très joli mais vraiment pas pratique. Seules les routes sont dégagées, et les absences de trottoir sont devenues des amas de neige verglacée. Entre les voies piétonnes et la chaussée, il y a de grandes rigoles grises de neige fondue. Je suis trop petite pour les enjamber, donc je patauge allègrement. Il faudrait que je me résolve à m'équiper de snow boots mais mon sens de l'élégance bien français me retient (- genre). Chaque trajet me prend désormais deux fois plus de temps car je médite chaque pas, histoire de pas perdre figure devant mon univers d'adoption en me ratatinant la face devant la bibliothèque. Sarah Lawrence a mis en place un système d'alerte. Si la neige se fait glace et gêne la circulation, il n'y a cours qu'entre 11h et 3h et les élèves sont prévenus par mail ou texto.
A New York, la neige se transforme presque immédiatement en fine bouillie un peu grise par endroit, c'est pas jojo. Mais, Central Park est gorgeous dans ses habits de neige, et on est prêt à tout supporter pour ce spectacle.

Williamsburg




Je me promettais depuis longtemps de visiter Williamsburg, quartier de Brooklyn dont chaque habitant est plus hipster que tous les étudiants du Sarah Lawrence réunis. C'est une zone très accessible grâce à la ligne L du métro. Bedford Avenue, axe autour duquel s'organisent tous les restaurants, cafés et boutiques, est la première station après l'East River.
Williamsburg n'est pas bien glamour de loin. Le quartier est constitué de petits immeubles et maisons en briques. Dès qu'on sort un peu des artères principales, les avenues désertes sont bordées d'entrepôts désaffectés - qu'attendent les hipsters pour les transformer en lofts? Mais l'aspect plutôt revêche du quartier est adouci par la trentaine de boutiques bobo qui le peuplent. Beaucoup sont des friperies qui proposent aussi des bijoux et vêtements de créateurs - est-ce une stratégie pour mieux vendre une paire de boots crottés à 150$? Tous ces vêtements et accessoires branchés m'ont fait envie, mais j'ai été sensible au destin de Williamsburg, ancienne zone industrielle s'étirant mélancoliquement le long de l'East River, devenue en l'espace de quelques années un temple du shopping.

Bagels


Je me plains beaucoup de la nourriture américaine - fade, sucrée, grasse, assertive - mais en quatre mois j'ai tout de même développé une addiction aux "bagels". Ce sont des petits (relativement) pains en forme d'anneau à la texture très ferme, plongés dans l'eau bouillante avant d'être cuits au four. Ils sont nature, au sésame, au pavot, aux oignons, à la canelle et aux raisins. On les coupe et deux tranches et on les mange frais ou toastés, accompagnés de beurre, cream-cheese, peanut butter...ou encore fourrés de saumon, jambon, fromage, crudités, cream-cheese au tofu...Selon les circonstances.
A New York, on trouve des bagels délicieusement rebondis et frais. A la cantine du Sarah Lawrence, les bagels sont généralement secs mais ce n'est pas ça qui m'arrête. Les "restaurants" de Sarah Lawrence sont gérés par une entreprise extérieure, Flick, contre qui tous les étudiants s'indignent: les produits sont mauvais et les prix exhorbitants. Tous les employés de Flick sont d'origine latino. Ils ont des horaires de travail très lourds et sont maltraités par les managers, selon quelques récits parus dans les journaux étudiants ou quelques confidences recueillies ici et là.
Entre eux et moi c'est une histoire compliquée faite de malentendus. Samedi matin, un scénario joué mille fois se répète: je demande un "plain bagel, toasted, with butter". J'ai beau retourner le mot "butter" dans tous les sens, la serveuse ne me comprend pas. Alors, comme d'habitude, je pointe avec le plus de précision possible l'ingrédient à la texture jaune et graisseuse qui se trouve devant elle. C'est comme ça que je me suis retrouvée avec comme petit déjeuner un bagel with mayonnaise.