mercredi 3 octobre 2007

Mes cours

Chaque étudiant du Sarah Lawrence College s'inscrit à trois cours. En plus des heures de cours, il doit suivre des "conferences". Ce sont en fait des travaux dirigés individualisés. J'ai choisi de ne m'inscrire qu'à deux cours pour avoir le temps de faire ma thèse (hum) et de d'enseigner le français. Je suis d'office dispensée de faire les devoirs et de m'inscrire au "conference works" car je n'ai que le statut d'auditrice. Dans le deal initial, il était inscrit que je pouvais suivre tous les cours que je désirais. La réalité est beaucoup plus nuancée car les principes pédagogiques du Sarah Lawrence n'autorisent que quinze élèves par classe. Heureusement, je suis parvenue à mes fins. Le cours d'histoire de l'architecture depuis 1945 est une "lecture", c'est à dire qu'il se passe en amphi. Le cours de "Narrative Structural Analysis" en cinéma était très convoité mais le prof a senti que c'était une courtoisie de collègue à collègue qu'il me devait. Il m'a donc donné le poste de Teaching Assistant pour ses cours, afin que je puisse y assister sans susciter l'aigreur des autres étudiants. Je suis payée pour lui faire quelques photocopies ou lui chercher des DVD à la bibliothèque. Je ne fais vraiment rien, et d'ailleurs il ne m'a toujours pas fait remplir les formulaires relatifs au job! Donc pas de paye en vue.
Je suis vraiment très surprise par la façon dont les cours se déroulent. Je ne comprends pas exactement tout ce que dit le prof d'histoire de l'art, qui a un très fort accent new yorkais. Je ne suis donc pas exactement bien placée pour juger. Mais il me semble que son discours n'est pas très méthodique malgré tous ses power points. Les élèves l'interrompent par un "Hey Joe" - dans mon fort intérieur il sera éternellement Mr Joseph Forte. Ce qui me choque terriblement, c'est qu'alors que le cours ne dure qu'1h30, 10 élèves de dix-huit ans et plus éprouvent le besoin de faire une pause pipi. D'autres vont acheter des chips. D'autres encore sont complètement avachis dans leur siège, les pieds sur la rangée devant eux. Je crois que c'est la mentalité "client" , conséquente des frais d'inscription.
Quant au cours de cinéma, je suis un peu déçue. Après l'ouverture du cours durant laquelle le prof nous explique que tout scénario repose sur un "conflit" puis pose quelques questions pour obtenir diverses définitions du "conflit" plus approximatives les unes que les autres, tout le monde se lance dans une discussion échevelée sur des films bien mais sans plus - American Beauty, Adaptation, Erin Brokovitch... Le prof les appelles les "lawn-mower films". Je n'ai pas la culture du lawnmower film. Je ne peux donc pas participer au concours de "qui gueulera le plus fort pour exposer en 25 minutes son avis sur le film du genre: Moi je pense que le père est un passif-agressif méchant et que la mère est gentille et que le fils est méchant..." le tout avec force "kind of", "like" à la sauce américaine.
Je pense à Todorov, je pense à Bellour, je pense à Hitchcock (en français), et je ne comprends pas pourquoi tous sont bannis...risqueraient-ils d'inhiber la pensée de ces jeunes gens extravertis? L'objectif des cours au Sarah Lawrence semble d'entraîner les élèves à combattre oralement, non pas à force d'arguments mais plutôt à force de suffisance. Ici sont éduqués des dominants qui même à l'université ne connaîtront pas le doute.

4 commentaires:

zenaiide a dit…

niom niom, fais moi envie!

voisembert a dit…

j'ai été voir un film vraiment bien "tout est pardonné" d'une jeune réalisatrice française...j'essaye de te le télécharger pour qd je viens...
ça me fait une peu penser à mon cours sur "litterature et cinéma" à la sorbonne "c'est très fort comme scène", "c'est comme si...", "on sent vraiment...".et woody allen?c'est lawnmawner?entre les 2?pour me donner une idée de ce que ça veut dire...

sophie.pene a dit…

enfin une critique de l'université américaine, notre modèle de référence actuel en France. En France on ne voit que leur liste d'articles et pas les pieds sur la table. Entre la suffisance juvénile et la performance bibliométrique, y a-t-il rupture, continuité, ou ... ouverture?

Camille Pène a dit…

Woody Allen, c'est pas lawnmower, c'est trop "iconic".